Voir la réalité autrement, c'est-à-dire augmentée
d'informations, de perceptions, de géolocalisation. .. Telle est l'ambition
des lunettes connectées, Google Class en tête. A la clé ? L'invention d'un
rapport au monde totalement inédit, dont les contours restent cependant encore
à définir.
Une révolution
technologique est en marche, dont le fer de lance n'est autre qu'une
curieuse paire de lunettes dépourvue (pour l'instant) de verres de
correction. Mais tout de même vendue (depuis mai 2014) au prix de 1500
dollars (1200 euros). Tout se passe dans l'une des branches, bourrée de
circuits électroniques et de capteurs en tout genre (micro, écouter, caméra, compas,
gyroscope...).
Et dans un curieux petit cube transparent situé juste au-dessus de
l'œil droit Son rôle: donner à un image, projetée par un minuscule écran situé dans la branche. Quelle
image? La version simplifiée de tout ce qu'un smartphone propose
ordinairement sur son écran !
Du coin de l'œil, l'utilisateur a ainsi accès en permanence à des textes
courts, des schémas, des photos, des vidéos, etc. Tout en continuant de voir ce
qui se passe devant lui.
Ici, l'affichage est piloté par commande vocale ou par glissé/tapé d'un
doigt sur la branche des lunettes. Dès lors, l'utilisateur peut demander aux
lunettes de prendre des photos ou de filmer ce qu'il voit devant lui. Ou encore
le questionner sur son chemin pour rejoindre une adresse et voiries indications
GPS s'afficher à la périphérie du champ de vision.
Difficile à
imaginer? Quel intérét, au-delà de l'exploit? C'est le propre d'une révolution
technologique que de poser ce genre de questions. Ultralégères
(environ 40g), reliées alitement via un smartphone (par Bluetooth), les Google
Glass sont les premières caméras-œil à commande vocale proposées au grand
public. Comme leur nom l'indique, elles ont été conçues par Google — ë* pour cause : avec son moteur de
recherche, le géant du Net dispose d'une formidable force de frappe au vu des
milliards de données auxquelles il permet d'accéder.
Mais surtout, les Google Glass sont les premiers exemplaires d'une
révolution plus vaste et qui semble désormais en marche: celle de la
réalité augmentée. Soit la faculté d'ajouter à la vision naturelle toutes
sortes d'informations à la demande. Dans quelle direction se trouve telle rue?
Comment s'appelle cette personne qui me parle?...
La réponse
pourra s'inscrire à vue d'œil, sous la forme de "mirages utiles"
(graphiques, indications diverses, schémas...) s'affichant au coin de l'œil. De
purement visuelle, la réalité sera augmentée d'informations "hors
champ", la faisant dès lors voir tout à fait autrement... Un peu comme
l'œil du Terminator, dont le film éponyme popularisa l'affichage d'informations
décryptant la réalité, sauf qu'il s'agit ici de lunettes et non d'un œil
électronique.
UN CONCENTRÉ DE TECHNOLOGIES DÉSORMAIS MATURES
Pour prendre
lamesure de ce bouleversement annoncé, il faut regarder au-delà des
GoogleGlass : les lunettes connectées de la firme de Mountain View ne sont que
les édaireuses d'une ère nouvelle qui n'attend plus que son public. Ainsi,
d'autres lunettes s'abreuvent aux mêmes technologies et visent plus loin.
Prenez les
SpaceGlasses de la société Meta. Ce qu'elles offrent aux yeux apparaîl
directement dans le champ visuel, via un afficheur transparent tenant lieu de
verre. De surcroît, elles intègrent une seconde caméra captant l'infrarouge,
qui facilite la focalisation dans l'espace des objets et des mains. Steven
Feiner, conseiller scientifique de celte société, imagine une foule d'applications
destinées à un large public, exploitant à fond le potentiel de la réalité
augmentée.
"Pensez d'abord à la maintenance, la réparation, la construction, la
cuisine..., explique ce chercheur de l'université Columbia (New York), un
des "pères" de la réalité augmentée. 11 y a ensuite le tourisme,
et plus généralement l'information concernant des lieux dans lesquels il sera
possible de faim revivre des événements passés, historiques ou culturels, comme
un concert de rock. "
Dans la même
veine, les Recon Jet, de Recon Instruments, bardées de capteurs (altimètre,
baromètre...), les Ora d'Optinvent et leurs deux champs de vision distincts
(panoramique ou rapproché), les Star 1200 de Vuzix qui affichent les données en
3D, sans parler des lunettes Laster... Toutes s'engouffrent dans la voie
ouverte par les Google Glass.
Comment
expliquer ce raz-de-marée? Simple : toutes les technologies nécessaires
arrivent aujourd'hui à maturité, à des prix raisonnables. Puissance de calcul
équivalente à celle d'un ordinateur portable dernier cri, mémoire de plusieurs
gigaoctets, enregistrement vidéo en haute définition, communication sans fil,
localisation par satellite, mesure du mouvement de la tête en temps réel...
Tout cela se loge désormais dans les branches des lunettes (voir infographie).
De quoi offrir aux yeux du grand public les "couches" de réalité virtuelle
que seuls les militaires etlesindustrielspouvaient jusqu'ici expérimenter.
UN DON DE DOUBLE VUE À MAÎTRISER
Trouver le bon compromis entre plusieurs critères
(esthétique, acceptabilité, poids...) met les laboratoires de recherche et
développement en ébullition. Pavés tactiles toujours plus précis et discrets
situés sur les branches ou déportés sur un boîtier sans fil -, afficheurs à la
définition toujours meilleure, vitesse de traitement des images, analyse du
comportement de l'utilisateur...
Les chercheurs explorent toutes les pistes pour rendre le
port des lunettes plus performant et plus naturel.Sans oublier les travaux sur la teinte des verres pour mieux faire
ressortir les informations s'y affichant. Avec, en toile de fond, l'ambition
d'adapter les lunettes aux porteurs de verres correcteurs —par
traitement numérique de l'image ou en superposant correction et afficheurs.
Reste à savoir si le don de double vue réel-virtuel s'imposera comme allant de
soi. Même pour les spécialistes de la réalité augmentée, U est difficile de
faire des pronostics.
Et ils se montrent prudents, "je pense
que les Google Glass se rendront utiles surtout pour des usages industriels
spécifiques, avance Elisabeth Mynatt, directrice de l'Insti-tute forPeople
and Technology (université Georgia Tech, Atlanta) et référence en matière
d'interaction homme-machine. Dans des situations contraignantes comme
l'inspection, la maintenance ou même la sécurité publique, l'accès à des
informations contextualisées avec un effort minimum est un atout formidable.
" Wendy Mackay, qui dirige à Orsay le
laboratoire In-Situ (Inria-CNES-université Paris-Sud) spécialisé dans
l'interaction et la visualisation, voit dans les Google Glass un support
d'expérimentation, dans toutes sortes de domaines. "Récemment, j'ai
travaillé à Stanford avec une équipe qui s'intéresse à l'accès à l'information
dans un contexte d'urgence médicale ou de salle d'opération. Google Glass est
évidemment un outil à considérer. Pour le grand public, il y a sans doute des
applications à imaginer dans le domaine des loisirs, de la musique, des jeux...
"
Toutefois, des questions restent en suspens. Le problème
clé étant, comme le souligne Elisabeth Mynatt, "celui de l'attention de
l'utilisateur. Comment décider ce qu'il faut afficher dans sa vue et quand,
sans que cela ne détourne son attention ? C'est un problème très difficile à
résoudre, surtout dans une logique grand public, relevant de l'intelligence
artificielle. " Ni Google ni les autres entreprises préparant l'ère de
la réalité augmentée ne prétendent l'avoir résolu. Surtout si l'on songe que
conduire en téléphonant présente un risque... Comme ne sont pas résolues les
questions éthiques et juridiques. Puis-je filmer partout et tout le temps?
Puis-je refuser d'être filmé? Personne ne peut voir l'avenir qui se dessine.
Même avec des lunettes high-tech...
LA REALITE AUGMENTEE
Avec les lurettes connectées, se promener dans une rue
signifiera disposer, dans un coin de l'œil, de toutes les informations
relatives à cette rue, qu'elles soient touristiques ou commerciales - ici, un
appartement est à louer; là, ce bistrot propose des happy hours, etc. Sachant
où se situe l'utilisateur [grâce au GPS et au Wi-Fi] et dans quelle direction
il regarde, un algorithme recherche dans une base de données les informations
et les localise dans le champ visuel à l'aide d'une flèche. Suivant ce que l'on
cherche autour de soi, il suffira de lancer l'application ad hoc, puis
de la paramétrer.
Avoir sous les yeux un dispositif capable d'indiquer où et comment agir, le tout sur commande vocale, laissant ainsi les mains libres. Ce genre d'application, déjà disponible sur certains smartphones et offrant à volonté toutes sortes de modes d'emploi, est en préparation pour les lunettes connectées.
... de données sur autrui
Dans un cadre privé ou plus vraisemblablement
professionnel, toute personne vue à travers les lunettes connectées peut être
"décryptée". Elle est identifiée via la reconnaissance faciale,
associée aux données disponibles sur Internet [profil sur les réseaux sociaux,
activités...! et à l'historique de vos derniers échanges, enregistrés par les
lunettes. Google a choisi de ne pas utiliser la reconnaissance des visages.
Certaines lunettes en cours de développement sont pourvues
d'une caméra infrarouge. De quoi imaginer pouvoir, a l'instar des commandos,
voir la nuit et distinguer les sources de chaleur. Ou connaître la température
d'un enfant malade, par exemple. Même sans capteurs infrarouges, des caméras
pourraient, grâce à des algorithmes, détecter la vitesse ou la fréquence d'un
mouvement, comme celui produit par la respiration. Dans d'autres domaines, des
algorithmes de traitement instantané de l'image permettraient de compter à
toute vitesse la monnaie, d'estimer la valeur calorique d'un repas ou encore
d'évaluer la qualité d'une soudure.

copié collé de science et vie ... super
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